Au terme de longues heures de formations réparties sur des mois, Alfred Boga Zebi, nouveau diplômé FIFA Guardians revient dans cet entretien sur la mission dans laquelle il s’engage aux côtés de nombreux acteurs dans la prévention des risques de préjudice aux enfants dans le football. Aussi, le rôle des médias dans la promotion d’un sport sain avec un respect des valeurs.
Alfred Zebi connu dans le milieu du droit international, des affaires et aujourd’hui détenteur d’un diplôme FIFA Guardians. C’est quoi FIFA Guardians ?
FIFA Guardians est un programme, ou plutôt une formation, mise en place par la FIFA (en collaboration avec Open University) pour former les personnes qui vont servir de Points focaux ou Responsables safeguarding (ou protection des sportifs), dans les fédérations, ou les clubs de football à travers le monde.
Par protection des sportifs, on entend, la protection des enfants et personnes vulnérables contre les abus de toute sorte (abus sexuels, psychologiques, violences, harcèlement, etc..), la mise en place de mécanismes de signalement et de réponse face à de tels cas.
Dans certains pays, ces positions sont déjà obligatoires. Même la CAF a récemment invité les Fédérations membres à nommer deux Responsables safeguarding au sein de leurs fédérations respectives. Et ces personnes doivent être titulaires du certificat FIFA Gardians.
On ne peut plus omettre ce genre de préoccupations dans le football et le sport en général. Et ces aspects sont tellement sensibles qu’ils doivent être gérés par des personnes dûment formées, d’où FIFA Gaurdians.
Qu’est-ce qui vous a motivé à suivre ces nombreuses heures de cours jusqu’à l’obtention de cette certification et que voulez-vous en faire ?
D’abord, ça fait des années que je travaille dans le secteur du safeguarding, et principalement dans le monde humanitaire, avec les Nations Unies, et les grandes ONG Internationales. A savoir, veiller à ce que leur personnel soit bien traité, mais aussi que le personnel ne commette des abus sur les bénéficiaires des aides, ou les membres de la communauté locale, à travers notamment l’exploitation et l’abus sexuel, le harcèlement sexuel, des violences, etc….
Je suis allé sur les terrains les plus difficiles pour enquêter sur les plus gros scandales mondiaux ou former des enquêteurs, en RDC, en Centrafrique, en Haiti, au Tchad, en Irak, en Pologne pour l’Ukraine, et bien d’autres. Je suis même un formateur certifié avec la firme internationale OSACO Group, pour former sur la bonne conduite des enquêtes sur ce type de cas. Donc déjà, c’est mon domaine de compétence.
Par ailleurs, je suis un passionné de sport. J’ai même failli être professionnel dans le football. Donc quand on voit l’ampleur des dégâts que peuvent créer des comportements inappropriés dans le sport, je me devais aussi d’agir aussi dans ce domaine qui m’est cher. Surtout que la vulnérabilité des sportifs africains est encore plus grande pour diverses raisons. Malheureusement, nous sommes encore très peu de spécialistes dans ce domaine.
Alors, ce que je compte en faire ? Mettre mes compétences au service des fédérations, Confédérations, des clubs, des sportifs ou toute personne qui me feront appel pour œuvrer à un sport sain, dénué d’abus physiques et psychologiques de toutes sortes. Et pas uniquement dans le football. Les scandales touchent tous les sports malheureusement.
FIFA Guardians en Afrique, qu’en savez-vous ?
Je n’en sais pas grand-chose. Je ne sais pas combien de FIFA Guardians il y a en Afrique. Sûrement pas assez. Je sais que la CAF a commencé son programme de safeguarding en 2020 pour garantir un football exempt de toute forme d’abus et de mauvais comportement et invité les fédérations à nommer deux responsables safeguarding en leur sein comme je le disais plus haut. Je ne sais pas combien de fédérations l’ont fait à ce jour.
Dans le même temps, les scandales dans le football africain se font jour. Le plus connue est certainement celui du Gabon dénoncé par le journaliste Romain Molina. Mais il y en a bien d’autres. Et pour un scandale qui éclate, combien ne sont pas dénoncés, combien de vies de jeunes sportifs sont brisées à jamais.
Que faire dans le cadre des rencontres sportives notamment la CAN à venir au Maroc et quel rôle pensez-vous y jouer ?
Les rencontres sportives, surtout celles concernant les mineur(e)s, sont des évènements propices aux abus sur les athlètes. Il est important de prendre des mesures idoines pour limiter les risques, de mettre en place des canaux de dénonciation connus de tous.
Pour des grandes rencontres sportives comme la CAN, il faut aussi veiller à ce qu’ils ne soient pas propices à des dérives. Le safeguarding doit être intégré à toute la réflexion sécuritaire de ces évènements. Les grands évènements sont particulièrement vulnérables aux abus si les organisateurs ne mettent pas en place des mesures de prévention et de protection suffisantes.
Il faut sensibiliser les participants, les bénévoles et les personnels à risque et mettre en place des possibilités de signalement et de gestion des cas d’abus. Mais il faut aussi veiller à l’environnement de tels évènements qui peuvent attirer des prédateurs en tous genres.
Quant à mon rôle, je ne sais pas, je suis disponible. En plus, je travaille avec d’autres experts, et notamment OSACO Group, donc on peut vraiment assister. Mais je suis sûr que le Maroc qui est un grand pays et veut faire de la CAN une merveilleuse fête, a déjà pris ou va prendre les mesures nécessaires.
Pensez-vous que la création d’un environnement favorable dans le football via la mise en place de responsables safeguarding qui sont des FIFA Guardians puisse trouver une assise dans l’intégrité dans le sport ?
Je ne suis pas sûr de bien comprendre la question, mais ce que je peux dire, c’est qu’on ne peut plus faire marche arrière. Le safeguarding fait partie et doit faire partie intégrante du football à tous les niveaux. On ne parle pas seulement des fédérations et des clubs professionnels, mais de tous les clubs, même les clubs amateurs, centres de formations.
Les abus arrivent souvent à ce niveau car il y a moins de moyens, pas de surveillance, et plus de vulnérabilité. Donc oui, protéger les sportifs, les footballeurs, est part intégrale du sport aujourd’hui. Le besoin est là. La prise de conscience doit aussi être là.
Quelles contributions pensez-vous que les médias qui travaillent pour la promotion et la culture du sport au service du développement et la paix peuvent apporter à un FIFA Guardian ?
Votre rôle est primordial. Vous voyez, c’est un journaliste, Romain Molina, qui a dénoncé le scandale au Gabon. Ce sont les médias qui mettent à jour les plus gros scandales. Vous êtes présents lors des évènements, vous avez accès aux sportifs, les journalistes sont formés pour enquêter, etc..
Alors, ce n’est pas toujours facile quand on est journaliste sportif et souhaite être accrédité pour tel ou tel évènements de dénoncer des dirigeants parfois puissants, mais c’est nécessaire de dénoncer les abus quand il y a en a. Au-delà de cela, vous pouvez aussi contribuer à la sensibilisation de toutes les parties prenantes.
Votre rôle est donc important pour contribuer à un sport sain ou les valeurs du sport sont respectées et j’espère que vous pourrez participer à cet effort.

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